Mot de la réalisatrice

Jeanne Mance film English

Une "ciné-quête" documentaire

Jeanne Mance ? On voit son nom partout au Québec. En France et dans le reste du monde, elle n’évoque rien pour quiconque, en dehors de quelques érudits. C’est lors d’une conférence donnée par l’historien Jacques Lacoursière en avril 2006 à Montréal que j’ai pris la décision de faire ce film. Jeanne Mance n’est pas seulement un des personnages associés à l’implantation d’une colonie française en Amérique du Nord, mais elle est la cofondatrice de Montréal, au même titre que Maisonneuve, reconnu à tort comme étant l’unique fondateur depuis plusieurs siècles. Ce fait majeur est resté dans l’oubli pour le plus grand nombre et a été occulté dans les livres d’histoire. Le but de ce film est de rétablir certains faits, preuves à l’appui.

Ma quête a débuté à Montréal, son avenir, mon présent. De son époque, peu de choses subsistent. Seul le résultat de ses actions est omniprésent : la ville contemporaine. Et pourtant, le film révèle que sa mémoire reste bien vivante aux yeux de certains. Au fil de mes rencontres, j’ai retrouvé la femme qu’elle a été. J’ai fait disparaître sa robe de bronze et levé le voile sur la vie qu’elle a menée avant de se lancer dans «la folle entreprise». En retournant aux sources de son parcours, j’ai revisité mes propres origines, venant, comme elle, de Langres. J’ai sillonné sa route qui me paraissait si familière pour trouver le point de rupture et les événements qui l’ont amenée à tout quitter pour suivre son élan.

Dans le cadre de mes recherches sur les pas de Jeanne Mance, j’ai renoué avec mon héritage langrois et j’ai pris conscience des raisons qui m’ont incitée, à mon tour, à partir outre-mer. J’ai constaté que malgré les quatre cents ans qui nous séparent, quelque chose d’universel nous unissait : l’appel au dépassement de soi.

La sortie montréalaise du film a eu lieu le 8 mars 2011 à l’occasion de la Journée internationale des femmes, assortie de l’annonce du maire de Montréal Gérald Tremblay qui, à la suite du visionnage du film, a enclenché un processus historique de reconnaissance officielle de Jeanne Mance comme cofondatrice de Montréal aux côtés de Maisonneuve. Le 17 mai 2012, Jeanne Mance fut proclamée fondatrice de Montréal à l’égal du fondateur Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve. C’est un honneur et peut-être la plus haute récompense que ce film peut recevoir.

Annabel LOYOLA

Celui qui se perd dans sa passion est moins perdu que celui qui perd sa passion.St-Augustin